https://x.com/LiseSantolini/status/1987156695018070018?s=20 En 1938, David Ben-Gourion (qui deviendra le premier Premier ministre d’Israël) annonce dans un discours : “Une fois que nous serons devenus une véritable puissance, nous abolirons la partition et nous nous étendrons à l’ensemble de la Palestine… L’État devra maintenir l’ordre, non pas en prêchant, mais en recourant aux armes”. Lorsque Weitz rejoint le Comité des transferts, le décor est déjà planté pour un nettoyage ethnique systématique des Arabes de Palestine. Le projet qui enthousiasma le plus Weitz était une liste appelée “dossier des villages”, un registre détaillé de tous les villages arabes de Palestine – leur situation topographique, les routes d’accès, la qualité des terres agricoles, les sources d’eau, les principales formes de revenus, les affiliations religieuses, l’âge des hommes et leur degré de participation à la Révolte arabe. Pour les planificateurs militaires, les dossiers des villages étaient une mine d’or – une feuille de route exhaustive pour le nettoyage ethnique de la Palestine qui allait être mis en œuvre au cours de la décennie à venir. L’élément déclencheur s’est produit en 1947, lorsque les Britanniques ont abandonné leur mandat et confié le dossier de la Palestine aux Nations unies. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 181 qui proposait de diviser la Palestine en deux États manifestement inégaux – un État juif avec 56 % du territoire et un État arabe avec 42 % – alors même que la Palestine comptait deux fois plus d’Arabes (1,2 million) que de Juifs (600 000). Une fois de plus, les Palestiniens et tous les États arabes ont rejeté en bloc le plan de partage. Les sionistes étaient aux anges : leur vision d’un État juif se concrétisait et la guerre avec les Palestiniens et les États arabes voisins se profilait à l’horizon. “Yosef Weitz a vu dans la résolution de partage et les hostilités à venir l’occasion rêvée de mettre en œuvre des projets nourris de longue date”, écrit l’ historien palestinien Nur-eldeen Masalha. Son journal est rempli d’injonctions à ne pas “manquer les opportunités offertes par la guerre”. Le 18 avril 1948, Weitz, s’appuyant sur ses dossiers sur les villages, a dressé la liste des villages qu’il souhaitait voir nettoyés ethniquement en premier : “J’ai fait un résumé de la liste des villages arabes qui, à mon avis, doivent être nettoyés pour compléter les territoires juifs, et des lieux où des conflits fonciers subsistent et doivent être réglés militairement”. Pappé décrit ce qui s’est passé ensuite. Appelé Plan D, il s’agit du plan directeur final pour le nettoyage ethnique de la Palestine : “Les ordres étaient accompagnés d’une description détaillée des méthodes à utiliser pour expulser la population par la force : intimidation à grande échelle, siège et bombardement des villages et des centres de population, incendie des maisons, des propriétés et des biens, expulsion des résidents, démolition des maisons et, enfin, pose de mines dans les décombres pour empêcher les habitants expulsés de revenir… arretsurinfo.ch/llarchitecte-israelien-du-nettoyage-ethnique/ Depuis 1948, Israël invoque l’Holocauste pour justifier l’expulsion forcée des Arabes de Palestine afin de créer un État juif, mais le plan systématique de nettoyage ethnique a été élaboré bien plus tôt par un zélateur sioniste du nom de Yosef Weitz. En novembre 1940 – huit ans avant la création de l’État d’Israël – Weitz écrivait: “Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de place dans le pays pour les deux peuples… Si les Arabes le quittent, ce pays s’étendra et se libérera pour nous… La seule solution est une terre… sans Arabes. Il n’y a pas de place ici pour les compromis… Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins… Il ne faut pas oublier un seul village, une seule tribu… Il n’y a pas d’autre solution”. Weitz était “la quintessence du colonialisme sioniste”, écrit l’historien israélien Ilan Pappé. Né en Russie en 1890 et ayant immigré en Palestine alors qu’il était enfant, Weitz est devenu le chef influent du département de la colonisation des terres du Fonds national juif (FNJ), créé pour coloniser la Palestine en achetant des terres arabes pour le Yishuv (les Juifs immigrés en Palestine avant 1948). En tant que chef du département de la colonisation, Weitz a supervisé le programme visant à acheter des propriétés à des propriétaires terriens en fuite et à expulser les métayers palestiniens de leurs terres. Mais il est vite apparu que l’achat de petits lots de terre ne permettrait pas de réaliser le rêve des sionistes de créer un État à majorité juive en Palestine. En 1932, lorsque Weitz a rejoint le Fonds national juif, il n’y avait que 91 000 Juifs en Palestine (environ 10 % de la population) qui possédaient à peine 2 % des terres. Pour faire évoluer cette réalité démographique, il fallait une solution radicale à deux niveaux : d’une part, convaincre le mandat britannique en Palestine d’autoriser une plus grande migration juive et, d’autre part, élaborer un programme efficace d’expulsion des Palestiniens de souche. Pour s’attaquer au problème, l’Agence juive a créé en 1948 un “comité de transfert” (l’idée est de Weitz) chargé d’élaborer des plans plus ambitieux pour expulser les Palestiniens, et imposer leur réinstallation dans les pays arabes voisins. Grâce à son expérience dans le domaine de la colonisation, Weitz était tout désigné pour diriger le groupe de trois membres éminents, dont le futur premier président d’Israël, Chaim Weizmann, et le futur Premier ministre Moshe Shertok. Grâce à l’engagement obsessionnel de Weitz en faveur de l’expulsion massive des Palestiniens, il a acquis la réputation d’“artisan du transfert”, un euphémisme pour désigner le nettoyage ethnique (une forme reconnue de génocide) qui atteindra son apothéose lors de la Nakba de 1948. Invoquant l’Ancien Testament, Weitz raconte une tournée des villages palestiniens en juin 1941 avec un zèle messianique